CES ENFANTS MYSTÉRIEUX

Ces enfants mystérieux

Le professeur Olivier Revol, de Lyon, sera à Bordeaux pour deux conférences grand public cette semaine.© PHOTO , ARCHIVES J.-D. CHOPIN

 

Il parle aux enfants différents. Des enfants différents. Ceux dont les parents n’ont pas saisi le « mode d’emploi ». Les enfants à haut potentiel, dits précoces ou surdoués, mais aussi les enfants hyperactifs présentant un TDA/H (trouble de déficit de l’attention/hyperactivité). 5 % des cas pour l’un et autant pour l’autre. « Il y en a toujours un dans une classe, souvent non diagnostiqué d’ail- leurs. » Le professeur Olivier Revol, psychiatre, est chef de psychiatrie infantile à l’hôpital Pierre-Wertheimer de Lyon. Il sera à Bordeaux cette semaine pour participer à un colloque.

« Sud Ouest ». À quoi reconnaît-on un enfant surdoué ? Comment le repérer ?Olivier Revol. Dès la naissance. En général, un nouveau-né qui vous fixe. Il sollicite du regard, impressionnant. Signe positif. Il entre très vite dans le langage, en même temps qu’il acquiert la marche, 18 mois environ. Il parle bien de suite, comme s’il évitait le parler bébé. Il montre une rage de maîtriser, de se redresser, de s’habiller et de manger tout seul. Syndrome de Kirikou. Points positifs.

Côté embêtant : ils argumentent, contestent. Ont des problèmes à l’endormissement. Plus anxieux que la moyenne, vers 2-3 ans, ont des questions existentielles sur la mort. Des phobies. Les parents s’étonnent, disent tous : « Celui-là, c’est comme si on n’avait pas le mode d’em- ploi. »

Que faire face à un enfant aussi mystérieux ? Faut-il consulter ?La majorité des enfants précoces vont bien, ce n’est pas une maladie. En revanche, si les parents sentent des incompréhensions – ces enfants, par exemple, n’ont pas beaucoup d’amis, ne sont pas invités aux anniversaires, sont parfois en échec scolaire -, alors mieux vaut en parler avec les enseignants, consulter un psychologue qui confirmera ou pas, via un QI, et fournira un… mode d’emploi aux parents, mais aussi aux enseignants.

Donc, l’enfant à haut potentiel sera stigmatisé dans sa classe ?Dans le bon sens. Il vaut mieux que les parents le considèrent comme un enfant à part entière, il a besoin d’ordres et de limites, sinon il angoissera encore plus. À cette fermeté bienveillante, associer la parole. Puis sur le plan scolaire, travailler à ajuster avec l’enseignant. Il doit apprendre à développer le sens de la méthode et de l’effort à exercer ses compétences. Ces enfants ne savent pas faire, tout coule de source, sauf le travail. L’école idéale sera celle du quartier, du village, pas la peine de chercher ailleurs.

Vous traitez aussi du cas des enfants présentant un trouble de déficit de l’attention et une hyperactivité (TDA/H). Là aussi, comment s’y retrouver ?Déjà, il s’agit d’un fonctionnement neurologique immature de la région frontale, censé contrôler l’impulsivité. Difficulté à se concentrer, il y a des problèmes dès la crèche, la maternelle. Et des échecs scolaires à l’apprentissage. Là encore, on peut dépister via un QI. Après, il y a des listes de conseils à donner aux parents.

C’est une maladie ?L’hyperactivité n’est pas une maladie, mais un symptôme. D’où l’intérêt du diagnostic, de l’observation de l’enfant, afin de comprendre pourquoi il bouge tout le temps et depuis quand. Si c’est un problème affectif, on traite cela. Si c’est un problème avec l’école, alors il faut regarder de ce côté. S’il est hyperactif depuis toujours et partout, alors on diagnostique. Et on soigne. On propose d’abord une liste d’aménagements possibles avec les enfants : les placer devant, s’adresser à eux en les regardant bien en face, etc. Si c’est un échec, alors il ne faut pas hésiter à tabler sur le médicament : la Ritaline. Très controversé certes, mais pourtant redoutablement efficace. On peut se contenter de n’en donner que les jours d’école pour permettre à l’enfant de suivre des apprentissages normaux.

On a le sentiment aujourd’hui que de plus en plus d’enfants sont diagnostiqués hyperactifs… ou surdoués d’ailleurs. Étonnant ?Quand l’école et la famille étaient plus cadrantes, c’était plus facile pour ces enfants différents de s’adapter, de se caler. La société d’aujourd’hui est excitante, ça souffle sur les braises. Et puis la connaissance a évolué. On y pense, on diagnostique davantage. Parfois, on a des cas d’enfants à la fois hyperactifs et précoces.

Source: http://www.sudouest.fr/2014/06/30/ces-enfants-mysterieux-1600886-2780.php

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