L’INTOLÉRANCE AUX ONDES…

vie de Brigitte a basculé le 25 janvier 2012. « J’ai ressenti une explosion dans ma tête. J’ai été prise de vertiges qui m’ont fait tomber par terre. Mon cœur palpitait tellement que je pensais que je faisais un arrêt cardiaque. C’est une semaine plus tard, en parlant à ma propriétaire, que j’ai découvert que les trois compteurs électriques de notre immeuble avaient été changés chez elle, sous mon appartement. J’ai ressenti ces douleurs intenses au même moment où les compteurs intelligents ont été installés à mon insu », relate Brigitte, qui habite le quartier montréalais de Villeray, l’un des premiers sélectionnés par Hydro-Québec pour recevoir les compteurs nouvelle génération émetteurs de radiofréquences (RF).

Depuis cette date, Brigitte est devenue sévèrement intolérante aux RF et autres champs électromagnétiques (CEM) émis par les appareils (filés et sans fil) et les fils électriques. « Acouphènes, insomnie, migraines, palpitations et oppression cardiaques, vertiges, nausées, tremblements intérieurs constants sont les symptômes avec lesquels je dois vivre quotidiennement depuis bientôt deux ans. Je souffre et j’ai mal tout le temps. Pour me soustraire à cette torture, je suis même partie dans le bois. Deux fois. La première en avril 2012, dans le temps de Pâques. Seule. Une petite maison tenue par les sœurs du Bon Pasteur. Je croyais que j’allais mourir tellement j’avais mal. J’ai compris ce que le Christ avait enduré dans son corps et son âme. Lui aussi a été un prophète à son époque comme le sont les électrohypersensibles aujourd’hui. J’ai coupé l’électricité. Après cinq jours, j’ai recommencé à entendre le chant des oiseaux. C’était tellement beau. Puis mes tremblements ont cessé le sixième jour. Après 10 jours, TOUS mes symptômes avaient disparu! »

De retour chez elle, ses symptômes reviennent après seulement une heure d’exposition. Elle se sent mieux en dormant sur des bancs de parcs, dans des voitures, sur le plancher enfariné d’une pâtisserie, chez des amis et dans d’autres endroits moins électropollués que l’appartement qu’elle habite depuis plus de 25 ans. Elle y passe « moins de trois heures par jour pour me changer, prendre un bain, prendre mes courriels et préparer mes repas. Depuis que je suis devenue électrohypersensible, je n’ai pu travailler et j’ai épuisé mes REER. » Elle visite d’autres logements, mais découvre avec effroi qu’ils sont soit insalubres pour elle ou deux fois plus chers que le sien.

Le plus difficile, dit Brigitte, en plus de la souffrance physique, c’est d’avoir perdu l’emploi qu’elle adorait. Avec un statut d’employée temporaire à temps complet, elle a été licenciée après avoir refusé d’être exposée quotidiennement à des fours micro-ondes. Le plus horrible, c’est aussi de ne pas être prise au sérieux, d’être jugée, même traitée de folle par son entourage, alors qu’elle leur explique qu’elle est restée la même, que seul son environnement physique a changé. Le premier médecin qu’elle rencontre à ce sujet ne la prend pas au sérieux : « J’étais sa première électrohypersensible, il m’a ri dans la face. Un an plus tard, il m’a confié :  » J’ai de plus en plus de cas comme vous, je veux m’excuser.  »» Grâce à de nombreuses recherches, elle rencontre un deuxième médecin, aujourd’hui à la retraite, qui connaît ce phénomène. Il lui confirme qu’il lui sera impossible de travailler dans ce genre d’environnement étant donné sa nouvelle condition.

L’année dernière, j’avais justement contacté ce même médecin, qui œuvre en santé publique, pour lui parler des personnes qui disent souffrir de l’électrosmog. Il a décliné ma demande d’entrevue. Les médecins et autres scientifiques sont très divisés au sujet des risques sanitaires que pourraient représenter la surexposition aux RF de type micro-ondes émises par les antennes de cellulaires et autres appareils communiquant sans fil. Ce dossier vise justement à savoir pourquoi certaines personnes, comme Brigitte, y seraient si intolérantes alors que, pour la plupart des gens qui y sont exposés quotidiennement, elles semblent inoffensives. (Lire ici l’excellente revue de la littérature sur ce sujet méconnu, signée par deux professeurs de médecine albertains : Electromagnetic Hyypersensitivity : Fact or Fiction?)

L'oncologue Dominique Belpomme, professeur de médecine à l'Université Paris-Descartes.

L’oncologue Dominique Belpomme, professeur de médecine à l’Université Paris-Descartes.

Nouvelle méthode de diagnostic L’oncologue parisien Dominique Belpomme traite la plus importante cohorte européenne — plus de 500 patients — de gens atteints de ce malaise du 21e siècle qu’il a nommé syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques (SICEM). « Chez ces malades, on a pu mettre en évidence l’existence d’une ouverture de la barrière hémato-encéphalique, en pratiquant des échodopplers cérébraux pulsés […] qui montrent l’existence d’une hypoperfusion vasculaire cérébrale, une augmentation de différents biomarqueurs de stress ou de souffrance cérébrale dans le sang (protéines de choc thermique HSP70 et HSP27, protéine 0-myéline, S100B) et un certain nombre de perturbations biologiques, telles une augmentation de l’histamine circulante et une baisse de la mélatonine urinaire », écrivait-il en 2010 dans un rapport publié par l’Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (ARTAC), qu’il dirige.

Selon ce rapport, le SICEM évolue en trois phases : 1. Maux de tête, acouphènes transitoires qui deviennent permanents, douleurs cutanées ou musculaires, troubles de l’attention et de la concentration, pertes de mémoire à court terme, oppression thoracique, tachycardie, troubles digestifs, etc.; 2. La phase d’état se caractérise par l’arrivée d’insomnie, de fatigue chronique, puis éventuellement de dépression, suivie d’irritabilité, de violence verbale et parfois de tendance suicidaire. Les symptômes inauguraux s’intensifient à chaque réexposition aux CEM, même de très faibles intensités; 3. L’évolution à distance dépend des mesures de précaution prises, de la nature des traitements mis en œuvre. Les risques sont plus sévères chez les fœtus, les enfants et les adolescents, plus sensibles car leur croissance n’est pas complétée. S’ils sont exposés aux CEM de façon persistante — par exemple, aux micro-ondes émises par le Wi-Fi —, ils risquent des « manifestations psychoneurologiques » graves (possiblement jusqu’à la psychose). « Chez l’adulte, l’évolution peut se faire soit vers une régression complète des symptômes, en cas de sevrage électromagnétique précoce [y compris l’abandon de lunettes métalliques agissant aussi comme une antenne], soit vers un syndrome confusionnel d’intensité variable […], soit enfin vers un véritable état de démence pouvant s’apparenter à une maladie d’Alzheimer du sujet jeune. »

Le Dr Belpomme évite le terme électrosensible, car tous les êtres vivants le sont, et distingue le SICEM de l’hypersensibilité électromagnétique (HSEM), terme utilisé par l’Organisation mondiale de la santé et la plupart des experts en la matière. Pour le Dr Belpomme, la personne électrohypersensible (EHS) est celle qui possède la très rare faculté de ressentir et d’attirer particulièrement l’électricité. Elle serait due au fait que le cerveau de la personne EHS contient des quantités anormales de magnétite transmise génétiquement ou parce que son corps contient passablement de métaux lourds ou d’implants métalliques. Comme les albinos, plus sensibles aux rayons solaires, les personnes EHS ne sont ni malades ni handicapées, souligne l’oncologue. Leur plus grande sensibilité est même un don précieux s’ils sont sourciers ou magnétiseurs.

Quant aux gens atteints de SICEM, comme Brigitte, ils sont vraiment malades et non des simulateurs ni des cas psychiatriques, insiste le Dr Belpomme, qui promet de faire publier les méthodes de diagnostic et de traitement qu’il a élaborées dans une publication scientifique. Les résultats de ses travaux en cours seront présentés dans le cadre de la foire Projet Écosphère Montréal, le samedi 7 juin prochain.

Dominique Belpomme dénonce d’ailleurs l’avis sur la HSEM publié en 2005 par l’OMS. Tout en reconnaissant que les symptômes de HSEM peuvent être handicapants, l’organisme international affirmait : « Il n’existe ni critères diagnostiques clairs pour ce problème sanitaire, ni base scientifique permettant de relier les symptômes de la HSEM à une exposition aux CEM. » « C’est un recul permanent de nature politique qui n’a rien de scientifique, réplique le médecin et chercheur français. L’OMS sera obligée de réviser son jugement dans les mois qui viennent. C’est un déni sociétal qui ne tient pas compte des connaissances actuelles, qui évoluent en permanence. »

Pour le Dr Belpomme, les CEM sont sans conteste la cause du SICEM : « D’abord parce que les symptômes apparaissent ou disparaissent spontanément selon la présence ou non de champs électromagnétiques; ensuite parce que l’étude physiopathologique de la maladie et les expériences réalisées chez l’animal permettent d’en expliquer les différentes phases cliniques; enfin parce que, comme cela est le cas chez l’animal, nos expériences actuelles permettent de reproduire les symptômes de la maladie, au moins chez certains malades, lorsqu’on les met en présence de tels champs. » Le chercheur espère pouvoir démontrer pourquoi certains patients sont plus sensibles que d’autres et pourquoi, au fil du temps, ils deviennent sensibles à des champs d’intensité de plus en plus faible. Ses recherches sont axées sur les origines génétiques et la nécessité de désintoxiquer le corps, notamment de métaux lourds.

Comme le tabagisme ne causera pas de maladie cardiorespiratoire chez tous les fumeurs, l’exposition quotidienne aux RF émises par des antennes et des appareils sans fil, comme des compteurs intelligents, n’entraînerait pas des problèmes de santé graves, à court ou à long terme, chez tous les individus. Mais l’absence de symptômes aigus n’indique pas que leur corps n’en souffre pas et que le vase n’est pas à la veille de déborder.

Pour lire la suite de cet article provenant de : https://maisonsaine.ca/sante-et-securite/electrosmog/compteurs-radiofrequences-deborder-vase.html)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s