Cécile David-Weill : Temple Grandin, la star des autistes

Temple Grandin à Beverly Hills en 2011

À 67 ans, cette autiste est diplômée d’un master en science animale et figure sur la liste des cent personnes les plus influentes du monde. Portrait d’un génie.

Connaissez-vous Temple Grandin, cette femme d’un certain âge à l’allure masculine constamment habillée en cow-boy ? Elle est l’icône des autistes aux États-Unis, où elle est considérée comme une véritable héroïne. Il faut dire que les Américains, dont le rêve national consiste à penser que tout le monde peut réussir, ne pouvaient que s’enthousiasmer pour son histoire.

Née en 1947, Temple Grandin est diagnostiquée autiste à 2 ans. Refusant de baisser les bras, sa mère, qui résiste à l’idée de la placer dans un établissement spécialisé, à l’époque bien rudimentaire, lui impose un enseignement quotidien très exigeant. Ce qui permet à Temple, bien qu’elle ne commence à parler qu’à 4 ans, de passer sa scolarité dans les rares écoles traditionnelles qui l’acceptent, et d’y découvrir tout à la fois d’excellents professeurs et la moquerie de camarades troublés par son incapacité à socialiser.

Mais son aventure ne commence que dans les années 1960, lorsque, adolescente, elle passe un été en Arizona dans le ranch de sa tante. Car elle, l’Asperger, qui pense en images et qui n’a besoin que d’un coup d’oeil à un texte pour le connaître par coeur, y observe les chevaux et les troupeaux de vaches en exerçant sa mémoire photographique et en analysant toutes les lumières et les formes géométriques autour d’elle. Et elle se découvre proche des animaux, notamment dans leur peur des bruits stridents et des agressions visuelles. Aussi, quand elle remarque la cage métallique utilisée par les cow-boys du ranch pour immobiliser les vaches afin de les vacciner et l’apaisement qu’elles semblent y trouver, elle l’essaye aussitôt sur elle et constate l’amélioration immédiate de son niveau d’anxiété résultant de la compression de son corps dans la machine. Et cette découverte la poussera à inventer et à fabriquer sa propre machine. Ce qui lui vaudra d’abord l’incompréhension de son entourage affolé de la voir rentrer dans un caisson en bois, dont elle actionne et rapproche les parois à l’aide d’une poulie. Avant de la mener à l’université, où elle obtiendra un master en science animale, largement consacré à prouver les effets bénéfiques de sa machine, baptisée depuis squeeze machinehug machine, ou hug box, dont elle sera reconnue comme l’inventeur, et qui équipe désormais certains établissements destinés aux autistes.

Ambassadrice des autistes

Mais elle n’en reste pas là. Car Temple Grandin, dans les années 1970, découvre l’univers des abattoirs. Et elle qui « pense comme une vache », pour reprendre le titre d’un documentaire qui lui a été consacré, est horrifiée par l’aberration de leur fonctionnement, qui ne tient aucun compte des sensations des bêtes, notamment leur peur de la lumière, ainsi que des sols glissants, ou la propension naturelle des troupeaux à se mouvoir en cercle. « Ce n’est pas parce que la nature est cruelle que les hommes ont besoin de l’être. Et, s’il était bien conçu, je préférerais mourir dans un abattoir plutôt que de me faire dévorer par un lion », dit-elle. Aussi va-t-elle s’employer à élaborer un plan d’abattoir moins pénible pour le bétail. Ce qui commence par horripiler les éleveurs, aussi machos que désarçonnés par son approche novatrice, aux antipodes de la leur, avant de les convaincre radicalement, au point que la moitié des bêtes aux États-Unis sont désormais abattues suivant ses préceptes.

Et ce n’est pas tout. Il a en effet suffi à Temple Grandin de prendre la parole au cours d’un débat de spécialistes de l’autisme auquel elle assistait en spectatrice dans les années 1980 pour devenir l’ambassadrice des autistes, car elle a été la première à s’exprimer en tant que telle en essayant de faire comprendre l’autisme de l’intérieur : « Les gens normaux sont censés éprouver de l’empathie, pourtant ils n’en ont pas beaucoup pour un enfant autiste qui fait une crise de nerfs à un match de baseball ou dans une cafétéria d’école parce qu’il souffre de la profusion de stimulations sensorielles. »

Mais l’on ne peut prendre la mesure de son triomphe sur l’adversité que si l’on ajoute que Temple Grandin est également professeur à l’université du Colorado, activiste, consultante de l’industrie animale, auteur de nombreux best-sellers, qu’elle figure dans la liste des cent personnes les plus influentes du monde établie par le Times en 2010, et qu’un biopic éponyme avec Claire Danes lui a été consacré la même année.

(source: http://www.lepoint.fr/invites-du-point/cecile-david-weill/cecile-david-weill-temple-grandin-la-star-des-autistes-13-03-2014-1800210_507.php)

Que pensez-vous de cette femme?

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Une réflexion sur “Cécile David-Weill : Temple Grandin, la star des autistes

  1. J’ai vu le film sur sa vie que j’ai trouvé vraiment génial. Le problème de nous autres gens dit « normaux », c’est cette propension a tout étiqueter : autiste, trisomique…, l’individu déficient mental, hors norme, devient incasable, et on se désintéresse de lui. Dans le cas de Temple Grandin, son entourage était motivé et s’est battu pour qu’elle puisse avoir sa place dans la société.

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